Penser par soi meme

Comment penser par soi-même : les modèles mentaux

Est-il possible de réfléchir et faire des choix intuitifs et rapides, sans douter de son raisonnement ? Les modèles mentaux sont des outils redoutables pour réapprendre à penser par soi-même, à résoudre des problèmes et à prendre des décisions plus vite, et c’est le sujet de cet article.

Que sont les modèles mentaux ?

Tout le monde fait des choix. Certains le font plus facilement que d’autres. Soit parce qu’ils ont acquis une expérience et savent exactement quoi faire et quelles pourraient être les conséquences, soit parce qu’ils n’ont pas peur de se tromper, même s’ils se savent pas où ils vont.

Eh bien ces deux cas sont liés. Une personne qui a de l’expérience a compris comment fonctionnent les choses en faisant des erreurs et en corrigeant le tir. Dans le deuxième cas, la personne n’a pas encore fait d’erreur mais ne va pas tarder à apprendre.

Le lien entre ces deux cas, c’est l’apprentissage de modèles mentaux. En faisant des expériences et des erreurs, on apprend et on tire des conclusions parfois inconscientes de ce qu’on a appris. Ces conclusions sont des modèles dont on se servira pour penser par soi-même et prendre des décisions.

J’ai un exemple plus concret…

Comment les bébés apprennent les lois de la physique

En ce moment, mon fils essaie de se mettre debout en s’accrochant à la table basse (ou à tout ce qui peut l’aider à devenir bipède). Il y arrive de plus en plus facilement. Mais il y a quelques jours, il a fait l’expérience de ne plus se tenir à la table ! Il a donc basculé sur le côté et s’est étalé au sol trop vite pour que je puisse intervenir.

J’ai juste eu le temps de perdre quelques cheveux avant de bondir pour le relever. Il était en pleurs. Effrayé, mais heureusement pas blessé.

Ensuite, j’ai eu peur qu’il n’ose plus recommencer. Mais ce petit sauvage a directement réessayé, et là… Surprise! Avant de risquer une nouvelle chute, il a essayé de redescendre pour éviter de se faire mal. Il n’y est pas arrivé tout de suite, mais il a recommencé jusqu’à y arriver finalement. La technique n’est pas encore au point, mais ça avance.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Il a fait une première expérience de la gravité. Il va encore expérimenter quelques fois, mais l’idée est là.

La gravité est l’exemple parfait du modèle mental qu’on enregistre tous dès le plus jeune âge, pour le reste de notre vie.

Pourquoi c’est important

Dans l’exemple de mon fils, qui est valable pour nous tous, on parle bien d’un bébé qui apprend un concept de physique avant même de savoir marcher ou parler.

Il n’apprendra peut-être jamais la loi universelle de la gravitation d’Isaac Newton, mais il connaîtra la gravité toute sa vie.

Utiliser la connaissance issue de différentes disciplines et créer des connexions avec nos propres expériences peut nous aider à mieux comprendre la vie et ce qui nous arrive.

En apprenant des modèles mentaux, vous pourrez utiliser la connaissance déjà existante, même sans l’avoir déjà expérimentée, pour vous aider à prendre plus facilement des décisions, résoudre des problèmes et surtout, penser par vous-même.

Il y a des centaines de modèles mentaux, mais certains d’entre eux reviennent souvent et sont donc les plus important à assimiler. Vous en connaîtrez sûrement quelques uns, au moins en théorie.

Voici une petite sélection de modèles généraux pour commencer. Je mettrai cet article à jour petit à petit, jusqu’à ce qu’il devienne LA ressource indispensable pour apprendre à penser par soi-même !

1. Le rasoir d’Ockham

Ce matin, j’ai laissé mon fils sans surveillance pendant 20 secondes sur sa chaise haute, avec quelques jouets sur sa petite table. Quand je me suis retourné, son biberon et ses jouets étaient au sol.

J’aurais pu penser :

  • Qu’il y a eu un gros courant d’air qui a tout fait basculer,
  • Que sa table penche, alors qu’elle ne penche jamais,
  • Que le chat du voisin est entré par la fenêtre sans que je le voie et a décidé de foutre le bordel.

Mais j’ai pensé à l’explication la plus vraisemblable, selon l’expérience que j’ai déjà vécue : mon fils a tout jeté lui-même au sol parce que c’est chouette.

Ce modèle mental ne parle pas du rasoir avec lequel on se rase. Raser, en philosophie, c’est le principe d’éliminer des explications improbables. Et Guillaume d’Ockham, c’est un philosophe anglais du Moyen-Age qui a formulé ce principe pour la première fois.

C’est le principe de parcimonie. Et notre ami Guillaume l’a décrit comme ça : « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité ».

Pour un problème, la solution la plus simple est la plus vraisemblable. Si ce n’est pas nécessaire, on ne va pas chercher de complications.

En gros, ce modèle mental sert à vous faire faire une économie d’explications et à éviter la complexité inutile. Vous allez privilégier la solution la plus simple plutôt que chercher des explications toujours plus compliquées les unes que les autres.

Attention ! Souvent, l’hypothèse la plus simple est vraie, mais ce n’est pas toujours le cas. Privilégier la plus simple, ça veut juste dire qu’on va la tester en premier. Pour gagner du temps et de l’énergie.

Et les explications les plus vraisemblables et les plus simples viennent notamment de vos expériences de vie.

2. La carte n’est pas le territoire

Vous trouvez les explications les plus simples en regardant votre propre expérience, votre façon de voir la réalité. Vous ne voyez pas le monde de la même manière que votre voisin.

Et votre voisin et vous, vous ne voyez pas le monde tel qu’il est vraiment. Car la carte, la représentation que vous avez de la réalité, n’est pas le territoire, n’est pas la réalité.

Le territoire change constamment et la carte que vous avez n’est peut-être plus à jour.

Si une route est en travaux mais que votre GPS n’est pas à jour, vous allez vous retrouver face à une impasse. Régulièrement, il faut mettre les cartes à jour pour avoir des nouvelles versions des routes.

Il faut prendre conscience des limites d’une carte. Par exemple, si vous voulez aller courir, vous allez regarder quel chemin vous pouvez prendre. Vous choisissez votre parcours, vous mettez vos nouvelles chaussures spéciales running, déterminé à vous remettre au sport. Et là, surprise ! Le terrain est bourré de montées et descentes ! Ça, la carte ne vous l’avait pas dit… Finalement, vous rentrerez chez vous plus tôt que prévu.

Un problème vu par votre ami n’est peut-être pas un problème pour vous. Une situation difficile pour vous est peut-être facile à vivre pour vptre sœur.

Votre carte se met à jour avec les expériences vécues.

Le fait de savoir que la carte n’est pas le territoire permet de mieux comprendre et communiquer avec les autres, en essayant de comprendre avec quelle carte ils se représentent le territoire.

Penser par soi-même, c’est aussi tenir compte de la réalité. Et la réalité, c’est que votre représentation du monde est influencée par votre expérience ! Ce modèle permet de développer votre empathie et d’ouvrir votre esprit.

3. Comment vraiment penser par soi-même : les Principes Fondamentaux

Celui-ci me passionne. Il est surpuissant si on sait l’utiliser efficacement.

Il est simple. Mais pourtant très difficile à appliquer.

C’est l’art de la remise en question à l’état pur ou comment penser par soi-même à partir des lois immuables de la nature.

Ce que Shane Parrish, l’auteur de « The Great Mental Models » nous dit, c’est qu’on peut atteindre les principes fondamentaux d’un concept de 2 façons :

  1. Avec l’interrogation socratique. C’est une série de questions à (se) poser qui poussent à rationaliser au maximum, pour éviter d’être influencé par nos tripes. Si vous voulez, c’est le fait de se demander, entre autres, pourquoi vous pensez ce que vous pensez, et comment vous savez que c’est vrai.

     

  2. La deuxième, c’est la méthode des 5 pourquoi dont je parle dans un article sur les techniques de prise de décisions. Cette méthode, qui peut servir à connaître les valeurs qui sont importantes pour toi, peut aussi vous aider à prendre des décisions plus facilement en dégageant les principes de base d’un concept ou d’une activité. Demander et redemander pourquoi, ça vous aidera à savoir pourquoi vous faites ce que vous faites, et pourquoi les choses sont comme elles sont. Très philosophique, mais très pratique aussi pour ne pas dépendre d’autres points de vue et penser par soi-même.

     

Vous savez qui sont les meilleurs pratiquants de ces questionnements ? Les enfants.

Mon fils ne parle pas encore. Et le moment où ça arrivera, d’un côté je le redoute, d’un autre côté j’attends ses 1000 « pourquoi » avec impatience. Car il m’aidera à revoir les principes fondamentaux de certaines choses et à envisager le monde comme les adultes ont arrêté de le voir en arrêtant d’être des enfants.

En gros, le modèle mental des principes fondamentaux permet de vous dégager des conventions et des « parce que c’est comme ça, des « je sais pas moi, on a toujours fait comme ça ».

Penser par vous-même sans les œillères que l’histoire, la culture et votre intuition vous ont mises. Seulement sur base de ce qui est vrai et vérifiable.

Sans ce modèle mental, on vivrait toujours dans les cavernes.

Remplacer les « c’est comme ça que tout le monde fait, donc ça doit être la bonne façon de faire… » par « Qu’est-ce qu’on sait qui est vrai là-dedans? », et raisonner à partir de ça.

En réfléchissant à partir de principes de bases immuables, vous pouvez construire votre pensée indépendamment des modes, des traditions ou de votre entourage.

C’est ce principe qu’Elon Musk a utilisé pour construire des fusées moins chères que la concurrence et s’allier avec la NASA.

Encore faim ?

Si les modèles mentaux vous intéressent et que vous restez sur votre faim après cet article, dites-le moi dans les commentaires.

Je complèterai cet article au fur et à mesure avec d’autres modèles mentaux.

Mais si vous en voulez encore et que vous ne voulez pas attendre, je vous propose le livre dont je me suis inspiré pour écrire cet article : The Great Mental Models de Shane Parrish. Il en a écrit un deuxième qui se base sur les modèles issus des sciences (physique, chimie, biologie) et a un blog, Farnam Street, qui aborde entre autres les modèles mentaux. Si vous comprenez l’anglais, foncez.

Alors, vous pensez que tout ça va pouvoir vous aider à mieux réfléchir et faire de meilleurs choix ?

Dis-moi tout juste en dessous !

7 réflexions sur “Comment penser par soi-même : les modèles mentaux”

  1. Actrice en formation, il nous arrive souvent d’utiliser des exercices que tu décris dans cet article pour comprendre un personnage.
    Les 5 pourquoi par exemple est l’un de mes préférés et j’ai commencé à l’utiliser dans ma vie personnelle.
    Le plus dur est d’arriver à répondre au 4eme voir au 5eme pourquoi car à cet instant il faut réellement se creuser la tête. Les découvertes sont alors surprenantes. Merci du partage.

    1. C’est en effet après 3 pourquoi qu’on doit commencer à creuser 🙂 Et c’est là qu’on trouve des choses intéressantes!
      Merci pour ton commentaire!

  2. Je découvre ce blog et vraiment, j’ai beaucoup apprécié. Cet article m’a donné envie de découvrir le travail de Shane Parrish. Ta façon d’illustrer ses modèles rend le tout très accessible. Merci pour ce partage et au plaisir de découvrir les mises à jour !

    1. Merci beaucoup Vero !
      Shane Parrish n’a rien fait traduire en français. Si tu es à l’aise avec l’anglais, je te conseille son blog FarnamStreetblog.com

  3. Article très intéressant, merci beaucoup. Je pense que ces modèles mentaux peuvent nous aider à avancer et évoluer dans la vie. Je pratique déjà le second ce qui m’aide réellement à me mettre à la place des autres, à les comprendre, à communiquer avec eux et à ne rien prendre personnellement c’est la paix assurée. Je trouve que tes exemples sont parlants, je pense que pour mieux comprendre ces concepts parfois un peu flou pour le commun des mortels tu pourrais en rajouter 🙂 En tout cas merci!

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