mimetisme comportemental apprendre par imitation

Mimétisme comportemental : apprendre par imitation

Le mimétisme comportemental est un des principes fondamentaux de l’apprentissage. Une des meilleures manières d’apprendre par soi-même est d’imiter ses modèles. Mais pas n’importe comment.

Tout apprentissage commence par l’imitation d’une ou plusieurs références, pour ensuite adopter son propre style. C’est naturel. Dès l’enfance on apprend en imitant nos parents, mais on perd cette tendance à l’âge adulte en partie parce que l’école nous apprend que copier, c’est tricher.

Et si l’enfant avait finalement raison ?

Copier n’est pas plagier

Copier n’est pas plagier. Plagier, c’est copier en s’attribuant le travail, les efforts de quelqu’un d’autre sans le mentionner. Copier, c’est faire sa propre création sur base d’un modèle.

Je me permets de raconter une petite histoire.

Quand j’avais environ 8-9 ans, au milieu des années 90, j’attendais impatiemment le mercredi midi pour rentrer de l’école. En Belgique, on a cours le mercredi matin. Mais en France, le mercredi matin c’était congé, et ils avaient droit au Club Dorothée ! Une émission qui diffusait des dessins animés, dont notamment Dragon Ball Z, Sailor Moon, Ranma 1/2, Nicky Larson, …

Bref. Début d’après-midi, le mercredi, mon grand frère rembobinait la cassette VHS (oui, on en était encore là) sur laquelle on avait enregistré le Club Dorothée. Et après avoir mangé, on regardait Dragon Ball Z. Puis un jour, mon frère a décidé de mettre la vidéo en pause.

Arrêt sur image. Et il s’est mis à copier sur papier l’image qui était à l’écran.

Bien sûr, moi, en tant que petit frère, j’ai eu envie de faire la même chose. Et donc de temps en temps on prenait des feuilles de papier pour faire le portrait de Son Goku, Vegeta, Gotrunks ou encore C20.

Mon frère copiait le dessin créé par Akira Toriyama. Il ne décalquait pas. Il regardait l’écran pour ensuite tracer les traits sur papier. C’était sa version.

Et à force de faire ça, on a commencé à dessiner des personnages de DBZ sans même avoir besoin de l’écran. Ensuite, lui je ne sais plus, mais quand je dessinais des personnages imaginaires, je me basais sur ce que j’avais appris des traits du visage, de la musculature et des vêtements des personnages de Dragon Ball. Avec quelques variations. Et cette fois, c’étaient mes personnages. Dans d’autres histoires, même hors manga.

Notre propre création, même copiée dans les moindres détails, sera toujours différente de l’original.

Et la meilleure manière d’apprendre une discipline quand on est débutant, c’est de trouver un modèle à imiter et d’apprendre les bases jusqu’à comprendre les principes fondamentaux.

Une fois qu’on a les bases, on commence à développer son propre style.

Que ce soit du dessin, de la cuisine, du cinéma, tous les grands noms ont eu un mentor, une idole, un modèle.

Ça ne veut pas dire qu’ils passent leur vie à imiter quelqu’un, ça veut juste dire qu’ils font leurs armes en imitant quelqu’un qu’ils admirent, pour ensuite voler de leurs propres ailes.

Voler comme un artiste

En parlant de voler… Dans Voler comme un artiste, Austin Kleon propose de créer un arbre généalogique de modèles.

Choisir un modèle qu’on apprécie pour son travail, sa personnalité, ses valeurs, peu importe. Etudier ce dont on a besoin chez lui, puis essayer de voir de qui cette personne s’est inspirée. Ensuite, l’idée est d’aller voir ce que les modèles de notre modèle ont accompli, et d’étudier là ce dont on a besoin.

Etant tout en bas de cet arbre généalogique, on peut se considérer comme un prolongement de ce que les autres ont déjà fait et on crée notre propre version des choses. En gros, tu choisis ta famille artistique/professionnelle/spirituelle.

Par exemple, Anthony Robbins, référence mondiale du développement personnel, avait un mentor : Jim Rohn. Darren Hardy, auteur de L’Effet Cumulé, fait également souvent référence à Jim Rohn. Et comme j’ai apprécié les livres de Robbins et de Hardy, je suis allé voir ce qu’a fait Jim Rohn et j’ai acheté un de ses livres aussi.

Le fait d’aller « à la source » permet de se faire sa propre idée de certains principes déjà lus chez d’autres. C’est important d’avoir plusieurs versions d’un même concept.

D’ailleurs, dans son livre Pouvoir illimité, Tony Robbins dit que pour espérer obtenir des résultats dignes de notre modèle, il faut s’imprégner de son système de croyances, de la manière dont il organise sa pensée, et aussi de sa physiologie (on ne peut pas espérer faire un discours comme Barack Obama en se tenant vouté, tête baissée et la respiration courte. La manière dont on se tient joue un rôle important).

Depuis un moment, je veux progresser en écriture. Je veux devenir bon. Et un jour, en lisant les conseils d’un copywriter américain dont j’apprécie le travail, j’ai remarqué qu’il s’inspire notamment du style d’Ernest Hemingway, auteur de fiction principalement. Alors j’ai lu 2 livres d’Hemingway pour comprendre. Et j’ai fait l’expérience d’imiter une partie de son style au début d’un autre article. Le fait d’avoir mis en pratique m’a permis d’y voir plus clair et d’expérimenter quelque chose de nouveau.

En analysant et décortiquant le travail de quelqu’un d’autre, on développe le sens du détail et la créativité.

Tous les « grands » ont eu leur mentor. Souvent, ils les dépassent même.

Ralph Waldo Emerson était le mentor d’Henry David Thoreau.

C’est Tortue Géniale qui a appris a Son Goku sa principale technique qu’il utilisera dans tous ses combats : le Kamehameha.

Ce n’est pas une honte ou une faiblesse de copier quelqu’un quand on veut apprendre une nouvelle compétence.

Le piège du « Fake it until you make it« 

Cette phrase, surtout connue dans le monde de l’entrepreneuriat en ligne, veut dire « fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives ». Je ne suis pas fan de ce concept. Du moins pas de l’interprétation commune. Mais c’est un autre débat.

Faire « comme si », c’est ce que font les enfants quand ils jouent. Mais ça peut être dangereux dans le monde professionnel.

Certes, il faut se donner les moyens mentaux d’arriver à nos objectifs et d’atteindre nos rêves, mais certaines personnes interprètent mal cette devise et deviennent des charlatans.

Cela dit, on peut appliquer sainement ce concept.

Imaginons que tu sois un apprenti cuisiner fan de Gordon Ramsay et que tu veux devenir un chef renommé et posséder plus tard ta chaîne de restaurants étoilés. Au départ, tu n’auras ni les compétences, ni la manière de penser, ni les comportements actuels de Ramsay.

Ce que tu peux faire face à une difficulté, par exemple, c’est te demander : « Que ferait Gordon à ma place? »

Alors tu t’entraînes dans ta cuisine, et tu adoptes une hygiène irréprochable dans ta propre cuisine et avec ton matériel, tu te lèves avant l’aube pour aller chercher tes produits au marché matinal ou chez les producteurs, et tu suis une routine stricte de lavage et découpe de légumes avant de commencer. Tout en gardant ton plan de travail en ordre.

A force d’adopter les bons comportements et état d’esprit d’un grand chef, tu vas inspirer tes collègues et te faire respecter, tout en devenant un bon cuisinier.

Mais imaginons maintenant que tu aies appliqué le « Fake it until you make it » comme beaucoup de gens le font malheureusement…

Tu te mettrais à gueuler sur les autres apprentis et à leur donner des ordres et leur déléguer tes propres tâches en pensant que c’est ça qui fait de toi un chef, parce que tu as vu Gordon Ramsay faire ça à la TV. Il y a une part de logique et de raison à garder en tête aussi… Et du bon sens, surtout.

Le mimétisme comportemental, c’est une copie intelligente et proactive.

Fake it oui, mais fake les bonnes choses.

Le piège du fan

Quand on est fan d’une personnalité, surtout à l’adolescence, on a tendance à tout accepter de cette personne. Car on l’admire aveuglement. Ce qu’il faut se rappeler, c’est que nos idoles sont aussi des humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs réussites et leurs erreurs.

Une personne peut exceller dans un domaine et être pourrie dans un autre.

C’est dangereux d’accepter toutes les faces d’une personne, sous prétexte qu’on l’admire. Il faut garder un esprit critique. Tout n’est pas bon à prendre. Mêmes chez les grands leaders et mentors.

Par exemple, imaginons que tu suives un influenceur « business » sur Youtube. Au départ, tu t’es intéressé à lui pour les infos business qu’il partage. Mais il y a de fortes chances que si l’influenceur montre souvent ses belles voitures ou ses voyages, tu aies envie d’avoir de belles voitures et de voyager.

Même si ce n’est pas ton intention de base. Même si ça peut aller à l’encontre de ce que tu aimes vraiment et de tes valeurs à toi.

Il faut faire la part des choses, savoir qui on est et ce qui est bon pour nous. Nous sommes tous uniques. On peut admirer le travail ou la mentalité de quelqu’un tout en rejetant certaines parties de sa personnalité ou de son histoire.

On peut être un amateur sans tomber dans le fanatisme.

Conclusion

« Le mimétisme est un mécanisme fondamental de l’apprentissage qui passe par la synchronisation de ses propres gestes avec ceux de la personne imitée. » (Wikipedia *)

Le mimétisme comportemental est indispensable à un apprentissage efficace. Il implique de mettre en pratique, de passer à l’action. Et c’est en mettant la main à la pâte qu’on assimile le mieux.

Quelle expérience d’apprentissage par imitation as-tu déjà vécu ? Que penses-tu de ce concept ? Dis-moi tout en commentaire !


* René Girard-Association Recherches Mimétiques, « Psychologie – René Girard – Association Recherches Mimétiques » [archive], sur www.rene-girard.fr

2 réflexions sur “Mimétisme comportemental : apprendre par imitation”

  1. Ping : Pouvoir illimité Résumé et avis - Anthony Robbins

  2. Un article très intéressant, merci! Je dirais que le mimétisme comportemental est aussi nécessaire à la survie dans nos sociétés. Adopter les codes vestimentaires de son entreprise, les expressions de son groupe d’amis, etc, permet une meilleure intégration dans son microcosme et mobilise notre capacité d’adaptation.
    Là aussi, nous apprenons et imitons, avant d’exprimer notre propre style… si nous y arrivons! car à trop s’inspirer, ne risque t’on pas de se perdre soi-même ou de perdre notre pourquoi?

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